Face aux enjeux écologiques,  la formation est un levier clé pour anticiper, accompagner et transformer les métiers. C’est tout l’enjeu de la session du 22 mai 2025 organisée par le LAB OCIRP Autonomie, en partenariat avec l’ORSE et l’Opco Atlas. Une matinée d’échanges de solutions concrètes autour d’une question cruciale : comment faire évoluer les compétences pour répondre aux défis de la transition écologique ?*

LAB OCIRP Autonomie – 22 mai 2025

Crédit photos : Lionel Préau.

Introduction de Jean-Manuel KUPIEC, Directeur du LAB OCIRP Autonomie

La transition écologique est un impératif. Les entreprises, si elles sont responsables, doivent adapter leurs modèles, leurs méthodes de production… et leurs métiers.

Pour y parvenir, l’ORSE (Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises) a publié le guide intitulé « Comment transformer les métiers de demain en éco-métiers ? » que nous vous présentons aujourd’hui. C’est un mode d’emploi pour les formateurs, car, dans le domaine de la transition écologique comme dans beaucoup d’autres, la formation est la clé.

Certains diront : “Encore une complexité.” En effet, depuis quelques mois, on observe une petite dépression sur le front du climat. On parle beaucoup de « simplification », de pause réglementaire : la loi française de mai 2025 a allégé la portée de la directive CSRD sur le reporting extra-financier ; sur le devoir de vigilance, allant plus loin que la Commission européenne, la France soutient un report indéfini – j’allais dire durable …

Mais cette politique relève de la météo. Pas du climat. La météo varie au jour le jour. Le climat, lui, est une lame de fond qui va imposer une transformation des modèles économiques, des métiers, les compétences. La question, ce n’est pas “y échapper”. C’est “s’y préparer”. La compétitivité immédiate, la simplification à tout crin, sont un mauvais calcul.

Nous préférons à l’OCIRP nous placer au cœur des 3 transitions qui se téléscopent aujourd’hui : la transition écologique, la transition numérique (avec l’intelligence artificielle et ses impacts) et la transition démographique (parentalité, aidance, emploi des « seniors »).

Aujourd’hui, nous n’appuyons pas sur pause. Nous vous proposons de prendre les devants.

Le guide de l’ORSE cite notamment le Shift Project, et j’aimerais souligner un chapitre en particulier : “Décarboner la santé pour soigner durablement”. Il concerne particulièrement les assureurs, les mutuelles, les acteurs de la protection sociale.

Parce que soigner ne doit pas nuire à l’environnement. Parce que nous avons une responsabilité collective : pas seulement celle de rembourser les soins, mais aussi celle de participer à leur durabilité. Et parce que nous avons, en tant qu’investisseurs, le pouvoir — et le devoir — d’orienter les flux financiers vers des activités réellement soutenables.

À l’OCIRP, nous avons déjà pris cet engagement à travers notre démarche de financement responsable, avec un système de notation pour mesurer l’impact. Nous ne sommes pas les seuls bien sûr.

Les banques, les assureurs, les mutuelles ont un double rôle à jouer :

1. transformer leurs propres métiers ;

2. soutenir, par leurs financements, la transformation des autres secteurs.

Bien sûr, tous les secteurs d’activité sont concernés. Le déni est trompeur. Il faut se préparer et transformer les métiers de demain.

C’est ce que nous faisons ensemble ce matin, avec :

* Lydie Recorbet, chargée de missions Engagement social et sociétal au sein de l’ORSE, qui nous présentera les enseignements du guide de formation aux éco-métiers, la méthode proposée, et les retours d’expérience du terrain ;

* Erika Gaubert, responsable RSE et transition écologique à la Direction Générale de l’Opco Atlas, qui nous expliquera comment les opérateurs de compétences accompagnent concrètement les entreprises dans cette mutation ;

Pour conclure, je dirais simplement : la formation ne suffira pas à sauver le climat. Mais sans elle, nous n’avons aucune chance. »


Erika GAUBERT, OPCO Atlas
Lydie RECORBET, ORSE. Jean-Manuel KUPIEC, OCIRP
Lydie RECORBET, ORSE

L’ORSE, catalyseur des engagements sociétaux

L’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE) est une association multi-parties prenantes, engagée depuis plus de 20 ans sur les sujets d’engagement environnemental, social et sociétal. Son rôle ? Produire des ressources (rapports, benchmarks, outils), animer des groupes de travail et outiller les entreprises pour intégrer la RSE à tous les niveaux. Sa méthode repose sur le partage d’expériences, l’objectivation des pratiques et la construction collective de solutions.

Lydie RECORBET, ORSE

Lydie Recorbet, chargée de missions Engagement social et sociétal au sein de l’ORSE, a ouvert la séquence a rappelé que la transition écologique n’est pas qu’un enjeu technique ou économique. C’est une transformation humaine, qui suppose de revoir nos métiers, nos formations, et même le sens que nous donnons au travail. 


Un monde du travail bousculé par la transition

Les interventions ont dressé un constat partagé : le réchauffement climatique actuel est sans précédent. En trente ans, il a atteint une vitesse 50 à 100 fois supérieure aux rythmes historiques. Pour l’ORSE comme pour Atlas, cela implique une transformation rapide des organisations… et donc des compétences.

Le développement durable, depuis le rapport Brundtland (1987), impose une double exigence : répondre aux besoins du présent sans compromettre l’avenir. Ce principe fonde aujourd’hui la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), qui articule impératif écologique et performance économique.

Mais cette transformation ne peut réussir que si elle est juste. L’Organisation Internationale du Travail parle d’une « transition juste » : une transition verte qui ne laisse personne de côté, notamment les salariés les plus précaires ou éloignés de l’emploi. C’est un appel à construire des passerelles, pas des fractures.


Former pour transformer : les messages de l’ORSE

Dans cette logique, l’ORSE a identifié cinq axes majeurs d’action :

  1. Identifier les compétences critiques nécessaires à la transition.
  2. Prioriser les fonctions stratégiques, là où l’effet de levier est fort.
  3. Mesurer l’impact des formations, pour éviter l’affichage sans effet.
  4. Anticiper dans la GPEC territoriale, en lien avec les réalités locales.
  5. Parler un même langage, en définissant clairement les éco-compétences.

Les éco-métiers sont au cœur de cette stratégie. Ce sont les métiers qui, en transformant leurs pratiques ou en émergeant, participent activement à la transition. Ils nécessitent des compétences nouvelles (techniques, relationnelles, organisationnelles) et une capacité à penser le changement.


Erika GAUBER, OPCO Atlas

Atlas : au service de la transition par les compétences

Erika Gaubert, responsable RSE et transition écologique à la Direction Générale de l’Opco Atlas, a ensuite pris la parole pour présenter les constats et dispositifs d’accompagnement proposés aux entreprises.

Atlas est un opérateur de compétences qui regroupe 14 branches professionnelles (conseil, finance, comptabilité, numérique…). Il agit concrètement sur 6 axes : conseiller, financer, promouvoir, faciliter, anticiper et innover.

Ses équipes sont engagées sur le terrain : 360 collaborateurs, 11 antennes et 28 représentations régionales. Un maillage solide pour accompagner les entreprises au plus près de leurs besoins.


L’enjeu : 2,8 millions de personnes à former d’ici 2030

Selon le Secrétariat général à la planification écologique, la transition exigera la formation de plus de 2,8 millions d’actifs en France d’ici 2030, dont 90 % d’employés et ouvriers. Eurofound, de son côté, estime que 40 % des salariés européens seront concernés par les impacts de la transition (changement de métiers, d’organisation, de compétences…).

Tous les secteurs sont touchés, chacun à sa manière :

  • Assurance : montée des risques, besoin de nouvelles grilles de lecture.
  • Banque et finance : intégration ESG, finance verte, évaluation des risques.
  • Numérique : Green IT, numérique comme solution et comme problème.
  • Événementiel, conseil, expertise comptable : éco-conception, reporting extra-financier, certifications…

Mais les freins sont encore nombreux : manque de vision partagée, inadéquation des formations, difficulté à caractériser les besoins métier, absence d’historique…


Des solutions concrètes à la disposition des entreprises

Atlas propose plusieurs outils opérationnels pour aider les entreprises à structurer leur transformation :

  • L’autodiagnostic transition écologique : un questionnaire en ligne gratuit de 15 minutes, pour mesurer la maturité écologique de l’entreprise.
  • Des financements croisés (FSE+, versements volontaires) pour former sur la transition écologique et numérique, tous secteurs et toutes tailles confondues.
  • Le Plan de développement des compétences : pour financer bilans, VAE, formations internes/externes.

Chaque dispositif a ses conditions, mais un point commun : la simplicité d’accès via la plateforme myAtlas.


La formation continue, clef de voûte de la transition

En conclusion, les intervenants ont repris une conviction forte, portée notamment par le Shift Project : sans formation, pas de transition. La société doit se transformer, et cela commence par les compétences. Tous les métiers sont concernés. Tous les actifs doivent être accompagnés.

La bonne nouvelle ? Des leviers existent, des financements sont disponibles, des outils sont prêts. Ce qu’il faut maintenant, c’est de l’engagement. Le sens du travail de demain dépend de ce que nous semons aujourd’hui.



Ressources utiles

Opco Atlas – www.opco-atlas.fr

* Transition écologique : l’accompagnement de l’Opco

https://www.opco-atlas.fr/entreprise/transition-ecologique-nouvelle-mission-nouvel-accompagnement.html

* Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance : Baromètre prospectif 2024

ORSE – www.orse.org

Guide : « Comment transformer les métiers de demain en éco-métiers ? »

https://www.orse.org/nos-travaux/guide-formation-comment-transformer-les-metiers-de-demain-en-eco-metiers

Note : « Comment forger les compétences de la transition juste ? »

https://www.orse.org/nos-travaux/note-comment-forger-les-competences-de-la-transition

Merci à nos intervenantes.

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