OCIRP – Journée nationale des aidants 2025, Maison de la Radio et de la Musique, Paris
Le 3 octobre 2025, à l’occasion de la Journée nationale des aidants, l’OCIRP a réuni partenaires sociaux, experts et dirigeants d’entreprise pour réfléchir à un enjeu devenu central du monde du travail : la conciliation entre vie professionnelle et aidance. Sous le thème «Salariés aidants et dialogue social», deux tables rondes ont mis en lumière les résultats de l’Observatoire OCIRP-Viavoice 2025 et ouvert des perspectives nouvelles de négociation sociale.
L’aidance, un phénomène de société
Dès l’ouverture, Marie-Anne Montchamp, directrice générale de l’OCIRP, a rappelé que l’aidance « n’est plus un sujet anecdotique, notamment grâce à l’OCIRP ». En France, un salarié sur cinq est aujourd’hui proche aidant, et la proportion atteindra un sur quatre d’ici 2030. Ce phénomène de société s’inscrit dans le contexte du vieillissement démographique et du manque de professionnels de l’accompagnement.
Selon Marie-Anne Montchamp, l’aidance doit devenir « un objet de négociation sociale pour transformer notre modèle de protection sociale ». Car la question ne concerne pas seulement la sphère privée : elle interroge la performance, la santé mentale et la capacité des entreprises à intégrer le vieillissement dans leur gestion des ressources humaines.
Table ronde 1 – Santé mentale, charge de travail et impacts professionnels

Les travaux de l’Observatoire OCIRP-Viavoice ont dressé un portrait précis des salariés aidants : âge moyen de 44 ans, dix ans d’aide en moyenne, souvent au sein du cercle familial. Margot Hoché, chargée d’études chez Viavoice, a relevé que « 45 % des salariés en situation d’aidance ne se reconnaissent pas comme tels », même si la prise de conscience progresse. Seuls 34 % ont informé leur employeur, un chiffre en hausse mais encore faible.
Pour Jean-Manuel Kupiec, conseiller de la direction générale de l’OCIRP, ce constat traduit un « double déni » : celui des salariés, qui hésitent à se déclarer, et celui des entreprises, qui peinent à définir leur rôle sans empiéter sur la vie privée. L’enjeu, selon lui, est de « rendre l’aidance normale, comme faisant partie de la vie ».
Du côté des ressources humaines, Sophie Mariot-Michaut (ANDRH – Sanef) a insisté sur la solitude de nombreux aidants : 42 % d’entre eux sont solos, souvent sans relais familial. Les DRH doivent donc « donner de l’oxygène » à ces salariés, en commençant par les identifier grâce à un diagnostic interne.
Les impacts professionnels sont lourds : 44% des salariés aidants se déclarent en difficulté sur le plan de leur santé mentale (contre 25% des salariés en général), 20 % redoutent de devoir quitter leur emploi et 36 % ont subi des pertes de chances de carrière.
Lydie Recorbet (ORSE) a plaidé pour une approche globale comparable à celle de la parentalité, intégrant tous les âges de la vie. L’ORSE promeut ainsi une «parentalité à 360°», car « nous serons tous parents, grands-parents, aidants, parfois plusieurs fois ou simultanément ».
Plusieurs solutions concrètes ont été évoquées : aménagements d’horaires, réduction temporaire de la charge de travail, télétravail encadré, développement de la pair-aidance. Le télétravail, souvent perçu comme une solution miracle, peut en réalité se transformer en « vraie fausse bonne idée », selon l’économiste Nathalie Chusseau (Université de Lille), s’il n’est pas accompagné d’une baisse de la charge de travail. « Le présentéisme a un coût caché évalué à 3 milliards d’euros par an », a-t-elle rappelé.
Elodie Marchat, directrice de l’Institut 4.10 ont présenté une formation dédiée aux salariés aidants, distinguée par deux trophées d’argent aux Trophées de l’assurance 2025. Modulable selon les publics, elle inclut un court-métrage immersif en réalité virtuelle et s’adresse aux directions, managers, salariés et partenaires sociaux.
Enfin, la prévoyance collective apparaît comme une solution partagée : 81 % des managers et 77 % des DRH y sont favorables. L’inscription du soutien aux aidants dans les critères RSE est approuvée par près de 9 managers sur 10.
Table ronde 2 – Négocier pour les salariés aidants

La seconde table ronde, consacrée au rôle des partenaires sociaux, a confirmé la convergence des visions syndicales et patronales sur l’importance du sujet. Les représentants du SNFOCOS, de la CPME, de la CFE-CGC, de la CFTC et du MEDEF ont partagé le même constat : l’aidance est un enjeu social et économique majeur et les accords de branche commencent à se développer – comme l’a montré la présentation d’Arnaud Colin, consultant et formateur à l’Institut 4.10.
Thierry Grégoire (CPME) a souligné la nécessité de porter la question des aidants « au même niveau que les retraites ou les conditions de travail », voire dans le débat présidentiel de 2027. Bruno Gasparini (FO) a rappelé que « l’aidance cachée coûte beaucoup plus cher que l’aidance accompagnée », insistant sur la dimension d’investissement social et économique. Francky Vincent (CFE-CGC) a estimé que « la compassion sociale existe, au niveau interpersonnel et collectif », et qu’un effort commun doit être poursuivi pour négocier des accords dans toutes les branches.
Les intervenants ont plaidé pour un accord interprofessionnel, afin de fixer un cadre commun et stimuler les branches moins avancées. Amaury de La Serre (Prev&Care, ex-MEDEF CNAV) a rappelé que « les entreprises ne sont pas hors sol » : elles comprennent les enjeux de fidélisation, de productivité et de bien-être. Pour lui, la prévention doit primer sur la seule réparation : «L’entreprise est un territoire de santé».
Plusieurs pistes concrètes ont émergé : la création d’un compte épargne-temps aidant (CETA), la reconnaissance d’un statut protégé inspiré du handicap, l’intégration du sujet dans l’entretien professionnel annuel, ou encore le développement de solutions individualisées et réversibles.
Le travail comme partie de la solution
Pour Jean-Manuel Kupiec, l’heure est à la pédagogie et à la formation, notamment des managers. La loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement date de dix ans : « c’est le temps de la prise de conscience ».
En conclusion, Marie-Anne Montchamp a invité à « imaginer la situation de ceux qui sont proches aidants et qui ne travaillent pas : ils sont assignés au rôle d’aidant ». Pour les actifs, le travail peut devenir un espace de respiration et d’autonomie : «Le travail n’est pas le problème, le travail doit être la solution».
L’OCIRP entend poursuivre son rôle d’acteur fédérateur autour d’un objectif clair : faire de l’aidance un nouveau pilier du dialogue social et de la protection sociale complémentaire. Car, comme l’a rappelé la directrice générale de l’OCIRP, « le risque aidance fait partie des risques contemporains que la protection sociale doit traiter ». 
Crédits photos de l’article : Lionel Préau
